lundi 9 mars 2009

Samedi


2h35 - Je termine un magnifique roman.


Pour la troisième fois, après Expiation et Sur la plage de Chesil, Ian McEwan me laisse sans voix. L'écrivain anglais, au sommet de son talent, nous invite à partager 24h de la vie de Henry Perowne, neurochirurgien, heureux mari d'une avocate, heureux père de famille d'un fils guitariste et d'une fille poétesse. Le 15 février 2003. Ce jour-là, malgré la gigantesque manifestation à Londres contre la guerre en Irak, rien ne devait perturber cette vie paisible. Pourtant, un accrochage aura des conséquences inattendues et la violence s'insérera dans son quotidien.

Ce que j'adore avec Ian McEwan, et ce Samedi me le confirme plus que jamais, c'est l'extrême précision de ses descriptions. Tant pour les sentiments et les états d'esprits de Henry que pour ses interventions chirurgicales - comme si on y était. Son amour pour le sensoriel (les sens sont constamment solicités) permet de nous raprocher au plus près du quoditien. Le récit mèle avec une grande fluidité les souvenirs d'Henry, ses associations d'idées, ses réflexions, ce qu'il vit lors de cette journée qui le marquera à jamais. Les liens que McEwan tisse sans cesse entre (notre regard sur) notre vie intime et (notre regard sur) l'actualité agrandit la portée du roman, qui gagne en profondeur et qui l'ancre profondément dans son époque. Je m'étais toujours dit que je n'avais pas encore lu de bon roman post-11 septembre. Voilà qui chose faite. Un chef-d'oeuvre.



11h05 - Séance de Watchmen, de Zack Snyder.
Je dois être un des rares à ne pas avoir lu la BD avant... Mais j'étais trop curieux. Trop émoustillé par le buzz, et par cette excellente bande-annonce. Un peu inquiet aussi (Snyder responsable de 300, de réputation plutôt bourrine). Un peu pris au piège par cette impossibilité de comparer avec l'oeuvre originale, un film qui ne vaut, du moins pour l'instant (20 ans que la BD est réputée "inadaptable"), que par son processus d'adaptation. A l'issue de la projection, je suis à la fois satisfait (car le film m'a plu) et bouffé par l'envie de lire la BD - qui au passage est considérée comme un des plus grands comics de l'histoire. Curieusement, malgré un contexte passionnant, des personnages fascinants et des flash-backs parfaitement amenés, j'ai moins été pris par l'intrigue (qui m'a vaguement lassée dans la dernière heure) que par l'esthétique mi-grandiose mi-vulgaire de ce curieux objet filmique. La mise en scène, soutenue par des effets spéciaux incroyables et une photo superbe, montre une caméra virevoltante, des cadrages iconiques (nombreux sont directement des cases de BD), des ralentis plus graphiques que tape à l'oeil (miracle!), des personnages marquants (Doc Manhattan et Rorschach crèvent l'écran, aussi grâce aux prestations de Billy Crudup et Jackie Earle Haley)... La bande son est tout aussi étonnante. Si on peut regretter certains effets sonores grossiers, on ne peut que se délecter des choix musicaux qui accentuent à la fois le décalage de l'oeuvre et son rapport à l'Histoire. Simon & Garfunkel, Jimi Hendrix, Leonard Cohen, Philip Glass etc. Le générique d'ouverture, sur The Times They Are A-Changin' de Bob Dylan, est un chef-d'oeuvre en soi.
J'ai hâte, maintenant, de découvrir la BD de Alan Moore (V for Vendetta) et Dave Gibbons, afin de mieux explorer en profondeur les tréfonds de cette sombre histoire.


14h51 - Je serre la main de Benoît Peeters à la Foire du Livre.

François Schuiten faisait un petit dessin. Je rappelle à Benoît que c'était moi, le gentil étudiant qui avait écrit l'adaptation cinématographique de Dolorès, qu'il avait fort appréciée d'ailleurs. Je décèle une légère indifférence dans ces hommages trop polis, mais je mais ça sur le compte de la hâte - il quitait son stand pour un autre. Tant pis.


A la foire, il y a des pipeules:



Non ce n'est pas Didier Van Cauwelaert.

Des livres pour enfants.

The Times They Are A-Changin'...

Des souvenirs qui surgissent violemment.


Astrapi est maintenant orange fluo.

Des nuls.


Des livres sur Dieu.


Des dédicaces.

Lui il fait des livres avec des Playmobil.



Des BD.

Ah tiens quand on parle du loup.

Des effets de mode.

Bientôt "365 pensées sur Photoshop CS4", "365 citations de Michel Daerden", "365 dictons lettons".


19h03 - J'arrive à l'heure.


01h18 - On termine La Meglio Gioventu. Quel bonheur d'enfin revoir ce film unique, ce film magique. 6h au compteur et pas une seconde d'ennui, grâce à la beauté du scénario, la grâce de la mise en scène, le talent des comédiens. 45 ans d'une famille italienne, 45 ans de l'Histoire italienne, ce film fleuve de Marco Tullio Giordana est à voir au moins une fois dans sa vie. Sortir de ce film donne l'impression de dire adieux à des amis. Regardez-le une seconde fois quelques années plus tard: les retrouvailles n'en seront que plus émouvantes.


Entre 3h25 et 8h29, morceau de nuit sur un canapé. Sommeil agité. Parmi les rêves esquissés, quelques fins alternatives à la belle soirée, une fois de plus en charmante compagnie.



Dimanche fut un jour de planches éreintant mais fructueux.
Plus que deux semaines.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

3h25... wowowowowWOW...
pourvu que ce passage devienne un plus long paragraphe...

Chip a dit…

18h42 : ce que tu dis sur le(s) films de Giordana est bien vrai, et me rappelle que je n'ai pas revu tout ça depuis bien trop longtemps...

Captain John Boyd a dit…

Max et Liliiiiiii

Arnotte a dit…

Héhé! J'ai pensé à toi en les voyant!